Le clone de Dalida chante la mélancolie moderne de PNL.
Ceux de Joe Dassin et Edith Piaf revisitent Stromae.
Le pâle fantôme de Barbara chante un titre phare de sa fan, Pomme.
Quant à Serge Gainsbourg et Nino Ferrer, ils se penchent sur les révélations 2024-25, le rappeur TIF et la chanteuse Miki.
Chacune de ces reprises est une chanson impossible puisque tous ces interprètes ont disparus avant qu’elle n’existe.
Le musicien Benoit Carré s’est inspiré de l’Hantologie, mouvement artistique qui utilise des enregistrements anciens comme matière brute pour composer une musique à la fois très actuelle et emplie des traces du passé. “Chansons Impossibles” réanime les voix et les visages disparus avec l’IA dans une virée de l’hantologie au pays du pop.
L’IA permet au musicien chanteur de mettre en scène une présence mélancolique du spectre telle que Derrida la définit :
« Comme une étrange voix, à la fois présente et non présente, singulière et multiple,porteuse de différence […] Il est un autre et plus d’un autre. Il désarticule le temps.
Il est une trace. Quoique venant du passé, portant un héritage, il est imprévisible et surtout irréductible
Chaque chanson impossible est introduite par une interview qui reprend des verbatim bien réels, puis glisse vers des propos imaginaires pour éclairer les motivations du fantôme dans le choix de sa reprise.
Par exemple, Dalida a souvent laissé transparaitre une mélancolie qu’on ne retrouve pas dans ses chansons mais qui affleure dans sa voix grave au timbre voilé. Alors, peut-être qu’aujourd’hui Dalida écouterait le sombre Autre Monde de PNL et demanderait à son frère et manageur, Orlando, de les rencontrer.
Edith Piaf n’est-elle pas l’interprète naturelle de Formidable de Stromae ?
Après Le Chemin De Papa, Joe Dassin en 2025 n’aurait-il pas été touché par Papaoutai, autre titre de Stromae ?
Le projet explore aussi ce qui ancre une chanson dans son époque : la prosodie, ou pour employer un mot plus actuel, le flow.
Comment Gainsbourg interprète-t-il Miki ?
Le flow du passé se mêle à celui du présent pour offrir une écoute neuve de la chanson populaire de 2025.
Pour réaliser ses Chansons Impossibles, Benoit Carré utilise la technique IA du clonage vocal. A l’inverse de la synthèse vocale, cette technique nécessite une interprétation de voix humaine sur laquelle est transférée le timbre cloné.
Benoit Carré créé ses propres modèles de voix clonées.
Il en résulte des interprétations d’un nouveau genre, mobilisant toute la technique vocale du chanteur, son expressivité et sa sensibilité musicale. Ce ne sont pas des imitations, mais des ré-interprétations qui gardent l’emprunte du chant de Benoit Carré.
Les Chansons Impossibles sont aussi pensées pour la scène. Benoit Carré interprète les chansons avec des instruments, piano, guitare, pads et boucles audio. Il les interprète aussi vocalement. Pour des raisons techniques, il doit mimer le chant qu’il a déjà traité auparavant : il n’est en effet pas encore possible de faire à la fois un rendu audio et visuel en temps réel.
Chaque arrangement musical est pensé comme une reprise. Benoit Carré cherche à créer des contrastes et des décalages stylistiques propres à cet exercice.
Benoit Carré est auteur-compositeur, il a débuté avec le groupe pop Lilicub en 1995. Depuis 2015 il a participé à l’élaboration de prototypes d’IA pour la création dans plusieurs équipes de recherche (SonyCSL, Spotify).
En 2018, il sort sous le pseudonyme SKYGGE (Ombre en Danois) le premier album pop composé avec l’aide de l’IA, bien reçu par la presse (voir la rubrique Revue de presse). Depuis il a sorti 3 albums en lien avec les technologies d’IA.
Il a été nommé par le Ministère de la Culture comme membre du comité IA pour la culture en 2023.
En parallèle, Benoit Carré poursuit son activité d’auteur-compositeur pour la chanson (Françoise Hardy, Johnny Hallyday, Imany, Maurane…) et l’image (Les Rêveurs, Pan Cinema 2025)
